Cette artiste autodidacte est née à Meulan dans les Yvelines en 1974. Ses parents originaires d’ Agrochão, un village du Nord du Portugal (Trás-os-Montes), sont arrivés en France dans les années soixante.
Diplômée de l’ESV (école supérieure de vente), elle travaillera 10 ans dans les télécoms, et aujourd’hui employée chez Arkadin, une entreprise spécialisée dans la téléconférence. Elle réside à Paris depuis une dizaine d’années.
Sylvie Pereira tord, sculpte, colore le métal, lui donne forme et vie. Un langage métallique d’une belle inventivité. De ses sculptures se dégage une certaine force, un imaginaire débordant et une singularité bien à elle.
Ses sculptures sont comme des contes, de petites histoires en métal torsadé, que l’on aime découvrir, et nous interpellent.
Bonjour Sylvie, te souviens tu de ta première création ? … parle-nous de tes débuts ainsi que de ton parcours artistique…
J’ai commencé pour m’occuper, pendant l’année sabbatique obligatoire qui a suivi ma première tentative de BTS. Je trouvais très sympa, au début, d’avoir des vacances alors que tout le monde reprenait les cours, et ça s’est assez vite transformé en mal être, avec la sensation que la vie filait et que je n’en faisais rien. Alors il a fallu que je fasse quelque chose.
J’ai toujours beaucoup aimé la sculpture. La pierre en particulier. Elle dégage des sensations agréables.
Il y avait une pierre dans l’atelier avec une forme particulière. C’était du gypse. Je voulais faire quelque chose de bien et pas emprunté. Pour ça, je savais que je devais choisir un sujet que j’aimais, et ce que j’aimais le plus, c’était la musique. J’ai fait une clé de sol. Je m’y suis pris de façon méthodique en utilisant un vieux tournevis et un marteau. Quelque chose s’est enclenché et à la fin de la journée, quand je me suis arrêtée, j’ai eu l’impression que je n’avais fait que révéler quelque chose qui était déjà dans la pierre, comme de la poussière que l’on enlèverait avec un pinceau. C’était magique. A tel point que j’ai eu peur que ça ne fonctionne plus le lendemain!
Aujourd’hui, il se passe toujours la même chose, mais j’y suis bien plus habituée. Je sais que je trouverai toujours une solution pour y arriver. Des fois il ne s’agit que de timing, ce n’est pas le bon jour, il faut attendre un peu. Parfois, il faut savoir recommencer, ne pas avoir peur de tout casser, et c’est même très plaisant !
Dans cette même année sabbatique, j’ai fait un bureau en mosaïques, une table pour la cuisine avec ses tabourets, une table basse, une chouette en pierre et une petite série de sculptures sorties des chutes de la pierre pour la chouette.
Comment est née ton envie de travailler le métal et pourquoi le métal ?
Les choses ne viennent pas par hasard. J’ai commencé à utiliser le métal parce qu’à Paris, sans balcon, on n’a plus trop le choix. Il faut apprendre à gérer la poussière ! Ca ne m’a pas empêché de faire une méridienne en béton armé dans mon salon ! D’ailleurs, c’est avec les restes de la bobine de grillage qui a servi à la construire que j’ai commencé à utiliser du fer. D’habitude je ne fais que de la récup.
Travailles-tu d’autres matériaux ?
Je ne suis fermée à aucuns matériaux, mais je ne les utilise que par besoin. A chaque foi, c’est un nouvel apprentissage. Ça prend un peu de temps à explorer. Pour l’instant j’utilise du métal (tôle récupérée et découpées, fil de fer ou fil de cuivre), de la résine de cerisier et du bois, mais uniquement à l’état brut, jamais de vraie sculpture sur bois. Et aussi des plumes de paon qui viennent du « Jardim do Ultramar », à Lisbonne.
Où te procures-tu la matière première ?
Souvent, ça vient du Portugal. La résine vient des champs de cerisiers ou je passe cueillir les boules de gomme. Je récupère « jaros » rouillés par ci par là. Je vois des personnages au milieu des vignes abandonnées, vouées à être arrachées, faute de vie paysanne. Ce sont des planches et objets récupérées dans les maisons en ruine de la famille. C’est finalement très personnel.
D’où te vient ton inspiration ?
De mon travail en entreprise, de la vie et de mes besoins. Souvent je fais les choses parce que j’en ai besoin. J’avais besoin d’un support pour l’œuf d’autruche qu’on m’avait offert et j’ai commencé à utiliser de la résine de cerisier. J’ai fait la structure en fil de fer, récupéré de la méridienne, et je suis partie avec au Portugal, convaincue que j’allais trouver une solution. J’en ai parlé à ma mère. Elle a tout de suit pensé à la résine de cerisier qu’elle a appris à utiliser à l’école, quand elle était petite, au Portugal. Comme ça s’effrite, j’ai utilisé un reste de résine époxy utilisé pour faire l’évier de ma cuisine.
L’inspiration me vient de tout. C’est plus un état d’esprit. Comme si tout s’emboîtait. On ne compose qu’avec ce qu’on a, à condition d’avoir conscience de ce qu’on a !
Comment nait une sculpture de Sylvie Pereira ?
C’est aussi souvent l’idée qui anime les matériaux que, les matériaux qui génèrent des idées. C’est comme si les pièces d’un puzzle se mettaient en action. D’emblée, je vois ce qui marche et puis j’essaye pour voir comment composer et obtenir le résultat que je veux.
Quels messages souhaites-tu transmettre au travers de tes sculptures ? Peut-on parler de « sculpture engagée ?
Je me suis engagée dans ma vie, alors bien sur que c’est engagé. Je ne suis plus une victime, ni une spectatrice. J’ai conscience de l’incidence que j’ai sur mon environnent, en toute modestie. Je ne fais pas ces choses pour être reconnu, mais pour matérialiser ce que je ressens. D’ailleurs, comme c’est de la récupération, ces matériaux auraient dû disparaître, mais je prolonge leur vie.
Quand je donne quelque chose, je passe le relais. Cette chose n’a d’important que la valeur que cette personne lui donne. C’est le lux de l’anonymat ! A partir de là, je me défais d’une partie de moi et je la renvoie vers l’infini où nous sommes tous acteurs et rien à la foi.
Les choses n’ont de l’importance que par l’attention qu’on leur donne.
Lorsque je vois certaines de tes sculptures je pense à Giacometti…quels sont tes artistes de référence ?
Je m’ennuie un peu devant Giacometti. J’ai l’impression qu’il a trouvé un filon et qu’il n’a fait que ça. Ce n’est pas très expressif. Avec Gaudi, on s’ennuie beaucoup moins. Il a fait des maisons, des parcs, des objets. Il a crée des univers entiers, c’est magique. Picasso, c’est pareil, il a inventé plusieurs styles en une seule vie. Jimi Hendrix aussi il a révolutionné son temps et son art. C’est comme s’ils avaient su trouver la longueur d’onde juste entre eux et leur art. Naturellement, ils se l’approprient et le réinvente l’art en créant leur style.
« Agrochão » est-il une source d’inspiration dans ton travail ?
Bien sur. J’y passe presque toutes mes vacances et ma principale activité est de bricoler. Mon père à plein d’outils et Agrochão regorge de ressources. Si j’y habitais à temps plein, je ferais bien plus de choses!
Quel est ton attachement au Portugal et pourquoi ?
Pour moi le Portugal c’est la nature et la vie simple, sans artifice. Finalement, celle qui me plaît. Il fait beau, la nourriture y a un goût incomparable et j’y vie dans la nature. J’en ai sérieusement assez de Paris! Il me faut de l’air.
As-tu déjà exposé ? Comment le public perçoit-il ton art ?
Je n’ai jamais exposé. J’ai l’impression que les places sont déjà prises ou qu’il faut faire preuve de beaucoup d’endurance, voire de violence pour avancer de ce coté là.
C’est très rare les gens qui me donne leur avis sur ce que je fais. Que dois-je en conclure … Ce qui m’intéresse c’est la magie qui opère quand je crée. Je ne m’attarde pas trop sur le résultat.
Il y a quelques années je trouvais ça vulgaire. Un peu comme ces gens qui vous font visiter leur maison en vous parlant du prix qu’ils ont donné pour ce canapé ou le lustre dans salon.
Quels sont tes projets futurs ?
Acheter une maison avec un jardin, en banlieue pour pouvoir mieux bricoler et m’ouvrir à de nouveaux projets et matériaux.
Découvrez les créations de Sylvie Pereira sur son site http://www.myspace.com/sypereira
Par : Maria-Yvonne Frutuoso pour Portugal Magazine
